Marie Antoinette était-elle belle? (4)

Publié le par pimprenelle

Nous voici arrivés au dernier épisode de notre série... et c'est le plus dur. Cela fait un petit temps que je tiens cet article dans mes cartons, et que je ne parviens pas à le publier... 

 

Marie Antoinette était-elle belle, nous demandions-nous? Etait-elle grande, gracieuse, bien faite? Nous n'allons pas tarder à mesurer combien ces préoccupations paraissent désormais futiles.

 

En effet, l'apparence de Marie Antoinette va se dégrader très visiblement avec les malheurs. Et, des malheurs, elle en aura très tôt. Dès l'affaire du collier, alors qu'elle avait à peine 30 ans. Ensuite viendra la longue maladie de son fils Joseph, suivie de sa sa mort, celle de sa fille Sophie Beatrix.

 

En 1789, avant même les premiers remous de la Révolution, son amie Georgiana de Devonshire s'était déjà inquiétée. Ecoutons-la...

 

She received us very graciously indeed, tho' very much out of spirit at the times... She is sadly altered, her belly quite big, and no hair at all, but she has still great éclat.

 

(Elle nous reçut très gracieusement, certes, bien que très préoccupée à cette période... C'est triste, elle est très altérée, le ventre proéminent et pas du tout de cheveux, mais elle a encore grand éclat).

 

Aouch, ça fait mal! Il est nécessaire toutefois, de prendre ce témoignage with a pinch of salt. D'abord, ce n'est pas pour faire ma mauvaise langue, mais Georgiana n'est pas toujours tendre envers ses contemporains. N'a-t-elle pas osé qualifier le Comte de Fersen, la coqueluche de ces dames, d'ugly (affreux)? 

 

Cependant, il est vrai que Marie Antoinette avait pris du poids depuis sa dernière grossesse, ce qui la désespérait. Quant à ses cheveux, elle avait eu tendance à en perdre alors qu'elle était enceinte du dauphin, ce qui avait donné à son coiffeur l'idée de cette fameuse coupe à l'enfant, qui ira si bien à l'ovale un peu long de la reine...

 

 

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par Madame Vigée Lebrun

http://maria-antonia.justgoo.com/t2555-autres-portraits

 

Est-ce à cette absence d'ampleur, à une époque où la mode réclamait force matière capillaire, que la duchesse de Devonshire fait allusion?

 

Le témoignage suivant n'est pas plus rassurant. Il se place quelques années plus tard, en 1791 et c'est celui d'un compatriote de Georgiana en visite à Paris, lord Holland. 

 

Je ne fus pas présenté à la Cour; je ne vis donc la reine qu'au théâtre; elle était alors dans l'affliction, et sa figure se ressentait sans doute d'une longue souffrance et de l'irritation qui la dominait. Je ne puis croire néanmoins que l'expression habituelle de son visage, même en des temps plus heureux, ait jamais été très agréable. Sa beauté, qu'on a tant vantée, consistait exclusivement, à mon avis, en un beau teint, une taille élevée et un air imposant, que ses admirateurs appelaient de la dignité, et ses ennemis de la morgue et du dédain. 

 

Et vlan!, a-t-on envie d'ajouter...  Mais gardons notre calme et remettons les informations en contexte: Je ne fus pas présenté à la Cour, nous confie lord Holland. En conçut-il dès lors une certaine amertume?

 

D'accord, ce n'est là que supposition de ma part. Mais ce qui est certain, c'est que le baron porte sur l'attitude politique des souverains en difficulté des jugements très durs, et particulièrement sur celle de Marie Antoinette, qu'il estime aussi orgueilleuse que bornée.

Marie Antoinette était-elle belle? (4)

La reine applaudissant, par Charles Année, 1837

 

Mais il n'a pas tort dans sa description, reconnaissons-le, car, comme il le relève lui-même, les temps sont critiques pour la reine et son physique s'en ressent. Nous sommes après le désastre de Varennes, que Marie Antoinette a ressenti très profondément et qui a marqué un durcissement dans les conditions de vie aux Tuileries. Sans cesse sur la défensive parce que couverte d'insultes dès qu'elle paraît, elle se durcit, c'est normal, on se blinderait à moins.

 

L'excès des malheurs, ce qu'elle appelle elle-même les chocs répétés ont aigri Marie Antoinette. La ravissante souveraine qui se mouvait avec une grâce incomparable s'est raidie dans sa douleur et ses obsessions. A l'époque où Holland la détaille ainsi sans pitié, d'autres récits, recueillis par Mallet du Plan, vont dans le même sens. 

 

Dans les très rares cérémonies officielles où elle est obligée de paraître encore, fardée à outrance, et grâce  aux artifices de son coiffeur et de sa couturière, la reine parvient à cacher sa décrépitude, mais dans l'intimité les ravages que son corps est en train de subir s'étalent avec une effrayante netteté. Elle ne cesse de maigrir. Les seins tombent. Le visage, enflammé, se couvre de boutons, les yeux deviennent abattus et caves, une salive humecte continuellement les coins de sa bouche. 

 

Abominable portrait devant lequel nous restons sans voix...

 

Bien sûr, nous pouvons nous consoler en nous disant que Gérald Walter, qui a mis en forme ce texte, est trop dur. Mais nous devons aussi admettre que cette vision, si cruelle soit-elle, nous mène sur les traces de l'horrible croquis que tracera bientôt David sur le chemin de l'échafaud.

 

Maigre, raide, aigre, Marie Antoinette n'est plus qu'une vieille femme figée dans l'amertume. Ce dessin est-il une transcription fidèle, ou une caricature? Et notre reine était-elle condamnée à une maladie incurable avant de l'être à la guillotine? Ces questions sont l'objet d'un autre débat...

 

 

http://maria-antonia.justgoo.com/t286-liste-des-ouvrages-des-girault-de-coursac

 

Les témoignages que nous venons de lire sont très douloureux. Ce qui me touche au-delà de toute expression, c'est que, si le physique de Marie Antoinette lui faisait défaut, son aspect e s'est jamais démenti. A force d'artifices et de volonté, la reine qui sentait s'effondrer le monde sous ses pas, la reine qui perdait tout, prestige, crédit, santé, n'a jamais permis que son apparence trahît son affaiblissement.

 

Comme le dit Georgiana, Marie Antoinette gardera toujours grand éclat. 

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Henri-Pierre 11/12/2014 16:18

Sauf que la reine ne se fardait pas, hormis le rouge obligatoire lors des cérémonies curiales la mode, cautionnée par elle même, était au naturel.
Tilly la décrit bien, pas jolie mais belle, les défauts de ses traits participaient à son grand air et ses attitudes, sa démarche étaient gracieuses.
A partir de 1787 elle grossit mais remaigrit considérablement aux Tuileries.
Elle perdit beaucoup de cheveux en 1778 pour sa première grossesse, d'où la coiffure "à l'enfant", mais cela ne dura qu'un temps, en revanche ses cheveux blanchirent à partir de 1790 jusqu'à devenir uniformément blancs, selon Mme Campan, lors du voyage de Varennes.
Après, chacun voyait, comme à toutes les époques, ce qu'il voulait voir, sans compter qu'en matière de goûts...